Filosofie – Pensées

(1) Le coeur brisé

Qu’est-ce que un métaphore ? C’est une image ou comparaison qui modifie le sens littéral dans un sens figuratif. Le coeur brisé, par exemple, est l’image d’une tristesse profonde qui m’enveloppe après la perte d’un bien-aimé. Le troisième élément du métaphore est le point de comparaison, qui joint les sens littéral et figuratif par l’identité. Comprendre le métaphore, c’est trouver l’identité de l’image et la chose elle-même. Le point de comparaison du coeur brisé est la rupture violente de la relation, aussi que la pétrification de tous les sentiments. On se rappelle Henri de Fer, le valet du Roi Grenouille, qui s’était fait ceindre le coeur de trois cercles de fer après l’envoûtement de son maître. On voit que le métaphore du coeur brisé représente une douleur réelle et une source de chagrin. En bien utilisant l’image le poète est comparable au philosophe. Ainsi que le philosophe exprime l’identité par les concepts, le poète voit l’identité et le dépeint par le métaphore (Aristote, Poétique, 1459a).

(2) L’atelier de sculpture

“Deviens ce que tu es.” Le mot de Nietzsche est un impératif de faire une recherche pour trouver son identité. D’où vient cette commande ? Pourquoi l’homme est tenu à la suivre ? Qu’est-ce que l’identité pour un être humain ?

Un cristal est formé au sein de la terre pour milliers d’années. Il prend son caractère distinctif pendant ce temps, identique à soi-même et différent des autres cristaux. Son être cristallin l’a prédisposé, mais la pression de la terre le forme. Alors, on voit que l’identité est le produit de la nature et de l’histoire. La nature des choses est invariable, mais doit se développer dans le temps.

Les rosiers sont en pleine fleur dans la roseraie, qui les met à l’abri de vent et de soleil. C’est la nature éternelle de la rose de s’épanouir, mais elle a besoin d’un refuge et des ombres de la terre pour s’enraciner.

Le loup a fait des petits dans la forêt. Ils jouent devant la tanière, tandis que deux piverts frappent les troncs et se chassent dans les rameaux. La forêt garde les animaux et les nourrit pendant des années, donnant à chacun le temps pour grandir.

Il n’y a qu’une différence avec l’homme. Conscient de son être, il est libre de guider son développement, comme un sculpteur qui produit sa propre image. C’est pourquoi la nature a fait à l’homme, l’animal pas déterminé, la commande d’une recherche de soi-même. Nous entendons cette commande dans notre raison, sentons ce désir ardent dans notre coeur, le désir de beauté et d’être que Socrate et Platon appelaient Éros. Il est le démon bénigne, le jumeau qui guide notre recherche et l’image de ce que nous voulons être.

On nous voit dans un grand atelier de sculpture. La nature nous donne le marbre. C’est la possibilité d’une vie ou d’autre. Nous travaillons au ciseau la sculpture qui sera enfin le nôtre. Alors, on voit dans cet atelier un grand nombre d’images : des philosophes, des hommes d’état, des athlètes, des artistes et des tyrans. La sculpture que nous ciselons est notre identité. Elle est le produit de la nature et de l’histoire et le résultat d’une recherche libre. (Platon, Phèdre, 248d).

(3) La promesse de Socrate

‘Socrate représente une promesse, mais pas son accomplissement.’ Expliquons-nous ce mot de Hegel à partir de l’aporie. L’aporie est la conscience de sa propre ignorance, qui fait qu’on ne peut plus répondre à la question. Le jeune Ménon en dialogue avec Socrate s’est embarrassé à répondre à la question qu’est-ce que la vertu. Trois fois il a essayé de donner une définition, trois fois Socrate l’a réfuté. Enfin, Ménon ne sait plus répondre. Il se rend compte que ses définitions sont des fausses opinions plutôt qu’une vraie réponse à la question. En réalité, il ne sait pas ce qu’est la vertu.

C’est pourquoi il compare Socrate à une raie torpille. Celle-ci engourdit aussitôt quiconque s’approche et la touche. De même façon, Socrate a engourdi Ménon par ses questions. Cent fois, il a fait des discours sur la vertu devant les foules. Toujours, il s’en est fort bien tiré. Mais en dialogue avec Socrate, il lui est impossible absolument de dire même ce que la vertu est.

Quant à Socrate, il répond qu’il ressemble la torpille seulement si elle est elle-même en état d’engourdissement. S’il embarrasse les autres, c’est qu’il est lui-même dans le plus extrême embarras. Socrate affirme donc qu’il sait conduire ses interlocuteurs à l’aporie parce qu’il est lui-même toujours là. Il se rend compte de sa propre ignorance plus que les autres et c’est pourquoi il peut réfuter ses fausses opinions. Dans le cas présent, au sujet de la vertu, il dit qu’il ignore absolument qu’elle est. Cependant, il est résolu à examiner et à chercher de concert avec Ménon ce qu’elle peut bien être.

L’aporie est donc pas seulement un moment négatif. Elle est aussi une promesse de savoir. Après avoir abandonné ses fausses opinions, Ménon peut vraiment poser la question : qu’est-ce que la vertu ? Dans cet état de l’aporie il trouve en Socrate un compagnon de voyage. Comme il ne sait pas qu’elle est, mais il voudrait savoir. C’est par ce désir philosophique qu’ils traversent la borne de l’aporie dans la voie de la pensée. Le lecteur des dialogues platoniques est rempli par l’esprit d’aventure. Il est aussi libéré de ses faux avis par l’examen de Socrate. Il pose la question comme pour la première fois, libre à la recherche philosophique.

Cette promesse de savoir n’est jamais accompli par Socrate. On parle du paradoxe de savoir, de la réminiscence et de l’immortalité d’âme. Enfin, Ménon suggère qu’on abandonne la recherche de l’essence de la vertu en revenant à la question posée au début du dialogue : la vertu s’acquiert par enseignement ou d’une autre manière ? Socrate répond qu’on doit savoir ce qu’est la vertu avant qu’on puisse trouver ses attributs. Mais se rendant aux désirs de Ménon, il propose de suivre une méthode hypothétique comme les mathématiciens. On va demander que la vertu doit être pour se prêter à l’enseignement.

La première hypothèse est que la vertu est une science. Dans ce cas, il est évident qu’on peut l’enseigner. Mais cette supposition est contredit par le fait qu’on ne trouve pas de maîtres de la vertu. Les sophistes en prétendant d’enseigner la vertu en effet ne font pas. Et les grands hommes d’état tenus pour vertueux, comme Thémistocle, ne peuvent pas l’enseigner à leurs fils. Alors, il semble que la vertu n’est pas une science.

La deuxième hypothèse est que la vertu est une opinion droite. Comme un guide peut conduire à une ville par conjecture, bien qu’il ne sache pas le chemin, les hommes d’état parfois ont une opinion droite de la vertu et peuvent guider le peuple dans la bonne direction. Cela explique pourquoi ils ne peuvent enseigner la vertu. Mais comment eux-mêmes ont acquis cette opinion ? Selon Socrate, la vertu doit être une grâce divine, donnée par les dieux aux hommes politiques comme l’inspiration aux poètes.

Socrate a expliqué de quelle manière la vertu est acquise. Mais on n’est pas sûr tant qu’on ne sache pas ce que la vertu est elle-même. Ainsi le dialogue se renferme encore en aporie. C’est la même question qui se pose, mais l’aporie n’est pas la même. En route entre les deux apories, on a appris beaucoup et on est devenu plus versé dans la philosophie. Toutefois, Hegel a raison que la philosophie platonique ne devient jamais une science. La sagesse de Socrate est discutable et comme un rêve, mot qu’il dit à Agathon dans Le Banquet (175e).

Socrate dit dans ce dialogue que l’opinion droite est un chemin du milieu entre l’ignorance et la science (202a). Ainsi Ménon, qui s’est embarrassé dans l’aporie, est au moins plus sage qu’avant. Bien qu’il ne sache pas qu’est la vertu, au moins il a pris conscience qu’il ne sait pas. L’aporie représente la libération de son ignorance et le début d’une voie philosophique. Mais on n’arrive jamais à la science, parce que la philosophie reste le désir de la sagesse et pas la sagesse elle-même. Les apories sont comme les bornes dans cette voie. Elles sont une promesse de la bonne direction, mais pas l’accomplissement du voyage.