Larchant

Il pleut sur la ville de Nemours. Dans le petit appartement où je me suis réveillé on prend du café et de la baguette. Mon ami propose de rester chez nous et continuer la lecture philosophique que nous avions commencée quelques jours avant. Un changement de plan, parce qu’aujourd’hui nous voudrions chercher le village de Larchant et la basilique de saint Mathurin, haut lieu de pèlerinage médiéval dans la forêt de la Commanderie. Mais il n’y a pas de transport en commun et aller à pied, exposés aux intempéries, serait une bêtise. Alors, on se résigne et ouvre le livre métaphysique.

À midi il fait nuageux et la pluie a cessé. On décide de sortir – fortes fortuna iuvat – et faire la randonnée à Larchant. Nous traversons les rues de Nemours et arrivons à la gare. Ensuite, nous quittons la ville à l’ouest en suivant une allée bordée de grandes maisons, monuments d’ancien prestige de la ville. Enfin les bois à deux côtés et un signe qui montre la direction au lieu de pèlerinage. Nous pénétrons dans la forêt et trouvons un chemin forestier couvert d’arbres abattus. Ce n’est pas un sentier de promenade, mais nous poursuivons le chemin et arrivons à une clairière avec des empilements de bois.

Après une pause nous traversons une bruyère aux herbes rouges et entrons dans le labyrinthe des sentiers forestiers.  La forêt est silencieuse et on voit les pistes des chevrettes sur le sol. On se passe une percée avec une aubépine en pleine fleur. Le terrain devient plus accidenté et soudain, nous entrons dans un vallon aux blocs de rocher. Mon ami grimpe les rocailles couvertes d’inscriptions des anciens voyageurs. Je me souviens qu’il y a des grottes aux peintures rupestres dans les environs, mais nous ne trouvons aucune.

Nous arrivons à un manège au bord de la forêt. Un jeune homme passe avec un cheval brun et nous salue. Il fait beau et nous sommes heureux d’avoir fait la randonnée. Puis le chemin descend et nous entrons dans le village de Larchant. La tour écroulée est bien visible derrière les maisons en pierre. Nous passons la place des tilleuls et entrons dans une cour couverte de marguerites et entourée de murs délabrés. Je lève mes jeux vers la tour et vois des cavités dans la pierre. Des nombreuses colombes y ont fait leurs nids. Le roucoulement résonne partout sur la cour et dans la basilique.

Sous le porche de la tour on voit le portail du jugement dernier. Le Christ en majesté est assis sur son trône, entouré de chérubins agitant des encensoirs fumantes. De chaque côté du trône un ange porte la croix et la couronne de la victoire et un saint agenouillé intercède pour les morts. En dessous, on voit la résurrection des morts qui surgissent de leurs sarcophages. Tout en bas le lever du soleil, symbole ancien de la résurrection et de la vie nouvelle.

Nous entrons dans l’église par une porte dans le transept sud. On voit la statue de saint Mathurin en bois, son pied sur le démon qu’il avait chassé de la fille de l’empereur. La lumière tombe par les hautes fenêtres du chevet sur l’autel décoré avec des fleurs. Comme le pèlerinage à Larchant n’est pas mort et le lundi de Pentecôte se déroule une cérémonie pour honorer saint Mathurin. Vers la sacristie on peut voir le grillage et s’imaginer les possédés et les fous que les pèlerins conduisaient à l’église pour être guéris.